Les 3 formules magiques du silence

Les 3 formules magiques du silence

Sans doute avez-vous déjà massé des clients qui ne pouvaient s’empêcher de parler durant le massage. Pour obtenir les meilleurs résultats sur le plan de la détente, il est pourtant impératif de les inviter à se taire. Mais peut-être n’avez-vous pas encore trouvé la formule pour vous faire entendre.

« Parle si tu as des mots plus forts que le silence, sinon garde le silence. » Euripide (v. 480 av. J.-C. – 406 av. J.-C.), dramaturge.

A quel bavard avez-vous à faire ?

Il existe plusieurs catégories de bavards. Certains clients parlent de leur vie : leurs dernières vacances, leur visite chez le médecin, leurs prochaines vacances. Il y a ceux qui parlent plutôt de la vie des autres : la belle-fille, les voisins, les stars en vogue. Vous rencontrerez aussi ceux qui vous posent des questions sur eux : c’est quoi ce point ? Vous sentez des tensions ? Pourquoi j’ai mal ? Il y a encore les clients qui vous posent des questions sur vous : depuis combien de temps massez-vous ? C’est pas trop dur ? Où allez-vous en vacances ? Enfin il y a ceux qui commentent l’actualité : le gouvernement, les grèves, la météo.

Double inconvénient

Quel que soit le sujet abordé, positif (vacances) ou négatif (attentats), une conversation durant le massage présentent deux inconvénients majeurs. Tout d’abord votre client ne pourra se détendre. La parole mobilise tant de zones cervicales et de muscles du visage et de la gorge, que l’accès à un état de relaxation est quasiment impossible. Le second inconvénient est que participer à une conversation vous empêche d’être suffisamment présent à votre massage. Pour intégrer les paroles de l’autre et formuler des réponses, vous devez vous détacher du soin et masser en mode semi-mécanique. Dès lors vous êtes amené à renoncer à l’état méditatif que requiert le massage.

Progressif ou direct ?

Pour pratiquer un soin en toute quiétude, trois formules s’offrent à vous, de la plus douce à la plus directive. Vous avez le choix entre procéder aux sommations en version graduée ou aborder directement les niveaux supérieurs. Le premier choix laisse au client la possibilité de s’exprimer quelques instants avant le couvre-feu. Le second choix vous permet de gagner du temps dans le cas d’un massage de courte durée, en coupant court à toutes velléités d’échange verbal.

Le humming

La première formule consiste à ne pas relancer la conversation. Lorsque le client s’adresse à vous, vous ponctuez par de vagues « hum », peu impliqués mais néanmoins courtois. Vous jouez en quelque sorte l’asphyxie. Si tout se passe bien, les moments de silence entre les phrases auront tendance à s’allonger jusqu’à occuper tout l’espace. La durée d’agonie de la conversation dépendra du niveau d’agitation initial de votre client et de votre capacité à l’accompagner dans la détente. Attention, cette formule ne marche qu’avec les personnes qui se placent en mode narratif : celles qui parlent de leur vie, de celles des autres, ou de l’actualité.

Question d’intérêt

Si votre client est en mode interrogatif – il pose des questions sur lui ou sur vous – il vous faudra passer directement à la deuxième formule. Si la tentation vous vient de lui dire : « si vous en voulez pour votre argent, je vous demande de vous arrêter ! », abstenez-vous ; c’est un peu brutal. Il vaudrait mieux faire preuve de tact pour obtenir un résultat : « Je répondrai à toutes vos questions à la fin. En attendant, pour profitez de votre massage, je vous suggère, si vous voulez bien, de garder le silence. » Par cette formule, vous rassurez votre client : il aura ses réponses. Et en échange de sa patience, vous lui promettez la détente ; vous mettez son propre intérêt en avant. Peu de gens refusent de signer.

L’arme fatale : parce que…

Si malgré tout, votre client persiste à parler, utilisez la troisième formule. « Je répondrai à vos questions tout à l’heure. Pour l’instant, je vous invite à garder le silence, car sinon vous ne pourrez pas atteindre le niveau de relaxation. » En mode interrogatif déployez la formule complète. En mode narratif, seule la deuxième phrase est utile. Cette technique convient bien aux plus rationnels, aux « scientifiques », à ceux qui ont besoin d’explications. Vous avez très peu de chances d’échouer. Une expérience menée en 1977 par la psychologue Ellen Langer à l’université de Harvard a montré que l’on obtient plus facilement un service de quelqu’un si une raison lui est fournie, fut-elle fallacieuse.

Gardez l’espoir

Et si jamais aucune de ces formules ne donne le résultat escompté ? Vraiment, c’est fort peu probable. Néanmoins si d’aventure vous tombiez sur un client particulièrement récalcitrant, soyez rassuré : il finira bien tôt ou tard par observer le silence. Si ce n’est à la première séance, ce sera à la suivante ou bien à celle d’après. Mais cela arrivera immanquablement. Alors un travail subtil et profond pourra commencer.

Quelle astuce avez-vous trouvée pour obtenir le silence de vos clients pendant le massage ? Racontez dans les commentaires ci-dessous.

 

By | 2015-12-27T08:54:17+00:00 15 septembre 2015|Categories: Savoir-faire|Tags: |2 Comments

2 Comments

  1. Jean-Luc MÉRI 18.09.2015 at 19:02 - Reply

    Bonsoir Eric,

    Ci-dessus, au sujet du silence, je crois que le dernier paragraphe « Gardez l’espoir » résume bien le problème.
    Si cette question du silence pendant un massage est à relever ; personnellement, je considère que c’est un faux problème qui se résout de lui-même en 2 points principaux :
    1 – un copieux bavarde correspond à une grosse élimination de tensions diverses qui vont se fluidifier et s’éliminer rapidement au cours d’une série intensive et suivie de séances.
    Par définition, dans tout travail thérapeutique, nous obtenons davantage de résultats avec un suivi actif et régulier…
    2 – en partant du principe que la Nature fonctionne toujours avec le maximum d’économie ; un bavardage intense correspond à une très grosse élimination au niveau nuque/gorge
    et expression de soi. Inconsciemment ou consciemment, la personne massée est prête « à lâcher le morceau » pour se libérer le plus rapidement possible de ce qui la gêne.
    En d’autres termes, elle est active, dynamique, volontaire et déterminée dans son action libératrice… Un tel comportement est plutôt stimulant pour le praticien, non ?
    D’ajouter : le fait que la personne massée parle beaucoup, qu’elle entre dans le son, voire fasse du « bruit vocal » est une opportunité concrète pour elle non seulement de voir
    tout qu’elle élimine mais de constater aussi tout ce qui était bloqué en elle et qu’elle ne soupçonnait peut-être pas à ce point… Sans commentaire !

    Cordialement,
    Jean-Luc MÉRI

    • Eric Bah 22.09.2015 at 08:38 - Reply

      Jean-Luc, tu as entièrement raison : la libération de la parole n’est pas du tout un problème. Bien au contraire, c’est même une bénédiction. Mais elle n’a pas sa place dans une salle de massage. Il vaut mieux la réserver au cabinet du psychothérapeute où une oreille avertie saura l’accueillir dans les meilleures conditions.

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